Par Kasia Mychajlowycz
Les grands-mères du village étaient rassemblées à leur bureau du dispensaire, en attentant le début de la baraza (rencontre), lorsque nous sommes arrivés à Piave. Signe que tout ne baignait pas dans l'huile; les élections, qui devaient avoir lieu ce matin-là afin de choisir les nouveaux représentants communautaires du comité pour le puits, n'étaient toujours pas commencées et il était déjà quatorze heures.
Je
fus présentée à Esther, une petite personne âgée, portant les mêmes habits —
chandail, coiffure, jupe et souliers que les six ou sept autres femmes autour
de nous. Responsable de la Société des Femmes contre le Sida de Piave au Kenya,
cependant sans salaire ni aide subventionnelle, Esther coordonne les soins
octroyés à 424 orphelins et enfants vulnérables en milieu rural.
Esther
et les 23 autres femmes seniors sont les premières (et seules pour plusieurs)
références en soins de santé pour les femmes et les enfants dans la région.
L’organisme ROTH a rencontré le groupe durant la construction du Centre de
Maternité en 2007 et a maintenu un solide partenariat depuis, aidant le groupe
dans la distribution de nourriture, de fournitures scolaires, de vêtements et
de produits d’hygiène de base pour les centaines d’enfants qu’ils supportent.
Tout récemment, ROTH a aidé à sécuriser et à coordonner la distribution de
centaines de moustiquaires pour le lit dans les foyers les plus vulnérables de
la région. Merci à la contribution de l’entreprise Sanofi-Aventis.
Mais
le vieil adage dit vrai : le développement est difficile. Un puits avec
une pompe électrique, généreux don de Sonitec, fut installé par ROTH pour
s’assurer que le dispensaire et le centre de maternité aient accès à de l’eau
pour ses patients et ses procédures. Le réservoir souterrain contenait
tellement d’eau que la clinique eut la possibilité de vendre une partie de
l’eau potable à la communauté environnante à un prix abordable. Un comité fut
mis sur pied et approuvé par le Ministère de la Santé du Kenya pour administrer
les fonds des ventes du surplus d’eau, épargnant la moitié des recettes pour la
maintenance et le remplacement de la pompe d’eau, lorsque le besoin se
présentera, et l’autre moitié dans le maintien du bâtiment de la clinique et
l’achat des médicaments et équipements pour ses patients.
L’argent n’y était plus trois ans plus tard malgré la récente sécheresse connue en Afrique de l’Est, gaspillé dans des projets de jardins non-mandatés et manqués par l’ex-comité. Donc, la communauté, avec l’aide de ROTH, a fait dissoudre le comité du puits par le Ministère de la Santé et devait se rencontrer le 29 juillet afin de voter pour l’élection des nouveaux membres du comité. Esther planifiait se présenter comme candidate, mais soudain, le gouvernement local affirma que l’ancien comité n’avait pas été correctement informé de cette élection et n’y assistait pas. Pourtant, quand ROTH lui avait parlé auparavant, il fut révélé que les anciens membres du comité ne devaient pas nécessairement être de l’assistance pour une élection, mais, plutôt, que le problème serait de ne pas avoir de quorum, une quantité suffisante de personnes pour avoir une élection valide. Il y avait moins de quarante personnes attendant sous la pluie en dehors du dispensaire; l’officiel nous avait dit que la participation de 200 électeurs était nécessaire pour que l’élection ait lieu.
Donc
Frédérique et moi accompagnées de Sheila et Nik, supporters et amies de longue date de
ROTH, sommes allés par la rue principale de la ville. Nous tentions
d’amadouer les gens à leur travail et dans les bars afin de les entrainer vers le
dispensaire en nous exprimant avec un swahili limité, pendant que Sheila se
transformait en l’annonciatrice de Piave exhortant tout le monde : « Imaginez
que ces personnes [ROTH] qui vous ont donné le puits, sont venues ici et vous
ont donné le pouvoir d’élire les gens qui le géreront et vous ne venez pas à la
rencontre! » Lentement, lentement, les personnes commencèrent à ruisseler en
dehors de la ville vers le dispensaire. Lorsque nous sommes revenues, vingt
minutes plus tard, la foule avait augmenté, mais le nombre était loin
d’atteindre 200. Selon la liste d’inscriptions, en fait, ils étaient 104.
L’officiel a appelé son supérieur dans un premier temps pour savoir si
l’élection pouvait avoir lieu malgré le nombre insuffisant; ce dernier répliqua
qu’un habitant l’avait appelé et lui avait dit qu’il s’y trouvait pourtant moins
de 50 personnes, désinformation faite par l’ancien comité. Après quelques
argumentations, l’officiel appela à nouveau le supérieur, confirma le véritable
nombre de gens et obtint son approbation. L’élection aurait lieu.
Esther
se présenta pour le poste de présidente; debout avec ses mains humblement
jointes, sa légion de grands-mères alignées derrière pour voter pour elle,
alors que l’opposant d’Esther et ses supporters formaient une autre ligne. Tout
le monde allongeait le cou pour voir qu’elle était la ligne la plus longue.
Lorsqu’Esther fut proclamée présidente, il y eût hululements et des larmes de
joie dans sa longue ligne de partisans, hommes et femmes, jeunes et âgés.
Le reste des 7 personnes furent élues : trois femmes, un jeune [homme] leader de la jeunesse et deux hommes, tous de la communauté. Avec deux représentants du Ministère de la Santé, qui forment le Conseil d’Administration du dispensaire; deux d’entre eux seront élus pour faire partie du sous-comité qui administrera et économisera les fonds obtenus de la vente de l’eau potable du puits (à un prix abordable, et en donnant l’eau gratuitement aux plus pauvres de la communauté).
Le temps essentiel pour mettre sur pied un projet de développement durable ne se quantifie pas de la même façon que le temps nécessaire pour construire un dispensaire, creuser un puits et peindre le mur du pavillon de maternité. C’est un processus d’apprentissage continu, impliquant la communauté, le gouvernement local et des groupes de développement locaux et étrangers. ROTH est engagé à ce processus, tel que démontré par son implication continue dans les communautés qu’il a touchées. Ce sont des personnes comme Esther et les grands-mères de Piave qui appliqueront un changement qui durera dans leur communauté et nous sommes ravis qu’elles fassent maintenant partie intégrante du Centre de Maternité et du dispensaire de Piave.
École Secondaire pour filles Maasai 2012
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